Le coup de la panne au beau milieu du Cambodge

Le soleil est déjà levé depuis quelques heures sur la capitale khmer, l’air y est déjà chaud, les rues actives et bruyantes. 3 jeunes aventuriers, casque à la main, se dirigent dans une lumière chaude vers leurs montures pour entamer leur odyssée. Contact, moteur, les chevaux vrombissent, les cheveux volent au vent, les voilà partis sans se retourner vers le sud.

Ca c’est un peu l’histoire que je pense avoir vécu. La réalité est un peu moins légendaire. Mais bon l’excitation du départ était bel et bien là. Mais avant d’enfourcher tonnerre mécanique commençons un rendez-vous régulier dans mes posts cambodgiens, le point route :

Le Point Route
Départ : Phnom Penh
Arrivée espérée : Kampot – extrême sud du pays
Temps espéré : 3 h max
Route visée : autoroute n°3
Nombre de kms espérés : environ 160 kms

Nous voilà parti dans les bouchons matinaux de Phnom Penh. L’une des consignes : ne pas se faire chopper par la police. Non, rassurez-vous, on ne se la jouait pas Midnight Express avec du cannabis dans les sacoches. Non, l’un des soucis avec la police au Cambodge c’est la corruption. Et avec nos motos et nos beaux looks d’occidentaux, nous étions les pigeons idéaux. Vous pouvez vous faire arrêter pour un simple contrôle mais malheureusement la maréchaussée locale vous trouvera toujours un petit truc : clignotant, défaut de ci, phare machin etc. Certes ils passeront l’éponge mais contre quelques dollars. Le jeu était donc de repérer de loin la police, pour lorsqu’on passe à côté, soit passer loin d’eux, soit faire semblant de ne pas voir ou entendre les injonctions policières. Au seul check point croisé, ils étaient déjà occupés à essayer de choper un motard (qui leur a échappé). Nous sortions de la ville à l’aise Blaise.

Si t’as envie de voir comment on sort de Phnom Penh en moto, de croiser quelques petites diables à une station de service, de voir qu’il y a pas que le périph’ qui est bouché, jettes un oeil à la vidéo ci-dessous :

A nous le grand air

Commença alors le « vrai » trip. Certes nous suivions une belle route goudronnée, mais nous commencions à découvrir les paysages de la campagne cambodgienne : la couleur ocre de la terre, les cratères en bord de route laissés par les bombardements de la guerre du Vietnam, les palmiers, les rizières (sèches à cette époque), les couleurs, le soleil… le pied. Je prenais une grande bouffée de dépaysement. Un plaisir total, sublimé par le bonheur d’être libre avec sa moto et bien entendu de la piloter conduire. Car la demoiselle a du couple ! Mes deux amis avaient une 125 alors que je fanfaronnais avec bon 2.5 qui me permettait de prendre pas mal d’avance et d’ouvrir régulièrement la route. A ce petit jeu là j’ai fini par perdre mais je vous en parle plus tard.

Cette liberté de mouvement permet de s’arrêter quand on le souhaite : un superbe paysage, des paysans à rencontrer… ça change vraiment tout. Sur le bord de la route, vous croisez régulièrement des stations essences. Alors certes de temps en temps une station essence comme on les connait mais la plupart sont en fait de petits « pit stop », avec des bouteilles de soda remplies d’essence, tenus par les paysans. C’est souvent des familles qui tiennent ces mini stations. Une belle occasion de croiser de bien jolis sourires.

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Sûrement l’une des plus belles photos de mon voyage : le sourire de cette dame, franc, sincère, lumineux, simple m’accompagne souvent. La première fois que j’avais mis les pieds dans ce pays en 2006, c’est bien ce qui m’avait marqué : une population extrêmement pauvre mais d’une générosité sans limite pour leur sourire. Une richesse qu’on a un peu perdu parfois dans nos villes…

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Les bus locaux n’ont manifestement pas la clim, mais une fois de plus, ça n’empêche personne dans la remorque de me saluer pour la photo et de me sourire.

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les 3 couleurs de la route : bleu, orange et vert

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la petite fille se demande bien qui je suis, quand au papa, il m’offre une fois de plus un beau sourire

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les trois mousquetaires de la route

Les premières 100 bornes tiennent toutes leurs promesses. Le voyage est agréable sous le soleil cambodgien, j’avais peur de mourir de chaud sous mon blouson, mais l’air de la moto tempère plutôt bien tout ça, les dépassements des carrioles et camion se font sans soucis. Même l’erreur de navigation qui nous fait perdre une heure n’est pas un souci. Tout va bien. Ceci dit nouveau point route :

Le Point Route – réévalué 
Arrivée toujours espérée : Kampot
Temps dans les dents : 3 h + 2 h bonus
Route visée : autoroute n°3 mais non ça sera finalement autoroute n°4 par l’ouest (et ouais)
Nombre de km à digérer : environ 300 km

Petite vidéo de cette route :

Je vous disais plus haut que grâce à la puissance de ma bécane, je pouvais me permettre de m’arrêter plus souvent : je les doublais, je prenais de l’avance, je m’arrêtais pour des photos, je les rattrapais etc… Je venais de m’offrir une belle pause et les loulous avaient 20 minutes d’avance sur moi. Je me décide à les rattraper. Poignée en coin, quand soudain : grand bruit au niveau du moteur en pleine accélération, moteur qui se bloque et qui me stoppe quasi net. Ah.

Surement la chaîne qui a sauté et qui a tapé. En même temps pourquoi le moteur m’aurait freiné. Je n’ose penser au pire. Bon manque de pot, je suis au beau milieu de nulle part. En pleine forêt, il y a à peine de la place sur le côté pour que je puisse mettre ma moto. Je regarde le moteur et la chaîne : rien d’apparent. J’essaye de redémarrer mais le moteur ne tousse même pas. Rien. Ca se complique.

Je vous l’ai pas dit, mais je ne suis pas bricoleur pour un sous. Même pour deux. Pas âme qui vive autour de moi, Van et Ro loin devant. Angoisse. Je tente le coup de fil à un ami, en l’occurrence les deux loulous devant. Evidemment portable pas branché, répondeur direct. Angoisse x2. Je me décide à appeler le loueur. Premier coup de fil, échec : « no english. Call back in minutes. » SOS. 1h30 vient de passer sur le bord de la route. Angoisse x3. 2h. Loueur rappelé deux fois. J’ai fini par avoir quelqu’un qui me dit de rejoindre Kampot (à 2h de route environ) et que nous aviserons à ce moment là. Je sens l’entourloupe : impossible de lui faire dire que tout ça est à ses frais, il me dit de me débrouiller. Angoisse x4. A l’horizon je vois poindre 2 petites tâches noires, de plus en plus grosses : c’est la team Van & Ro qui ne me voyant pas revenir a fait demi-tour. Toujours plus sympa d’affronter ça en team.

Van & Ro ne sont pas plus bricoleurs que moi mais ont l’expérience d’un tour du monde en moto. On décide d’essayer d’arrêter un pick up pour lui demander de l’aide et de m’emmener à Kampot avec la moto. On se rend rapidement compte que personne ne fera ça pour la beauté du geste. Il va falloir sortir les biftons. Il faut savoir que pour environ 50$ vous traversez le pays en taxi.  Après 3,4 pick up qui s’arrêtent, je décide afin de stopper l’hémorragie d’heures perdues dans ce pétrin, de me plier au prix exorbitant que ce mini van, qui transporte par ailleurs d’autres clients, me demande: 75$ pour deux heures de route. Les gars attachent la moto au coffre du mini van. Je donne rendez-vous à mes deux compères à la guest house à Kampot. C’est peut-être déjà la fin du voyage en moto pour moi.

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